Euthanasie : En notre âme et conscience

Le Docteur Dominique Lossignol est intervenu lors de nos conférences sur l'Euthanasie. Il est spécialiste en médecine interne, soins palliatifs et traitement de la douleur. Comme chef, il dirige l’unité des soins "supportifs" et palliatifs de clinique à l’Institut Jules Bordet à Bruxelles (ULB). Il est également responsable de la Clinique de la douleur et de la consultation médico-éthique. Le Docteur Dominiqe Lossignol est titulaire du titre de master en éthique et coordinateur du Forum EOL (End of Life) et est l’auteur de nombreuses publications.
Voici une présentation de son ouvrage  :

En notre âme et conscience

Fin de vie et éthique médicale

La Belgique s’est dotée en 2002 d’une loi qui dépénalise sous conditions la pratique de l’euthanasie après une procédure démocratique sans précédent. 
Depuis lors, le débat s’est maintenu, des commentaires à propos de la commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie (CFCEE) ont circulé, tantôt favorables, tantôt franchement critiques et suspicieux, affirmant que celle-ci ne contrôle rien et pratique la politique du laisser-faire laisser-aller sans aucune mesure de rétorsion. Le texte légal lui-même a été maintes fois critiqué, souvent par des personnes qui ne l’avaient même pas lu. Des affirmations parfois extrêmement fantaisistes ont circulé et circulent encore à propos de soi-disant dérives, d’euthanasies clandestines, d’exodes de patients âgés vers des pays où l’euthanasie est « heureusement » interdite, d’euthanasies pratiquées sur des patients non consentants.
Pour certains, la Belgique est devenue le pays où la mort est banalisée et où la toute-puissance des médecins est établie et légale, où des infirmières injectent des substances létales contre leur gré, craignant le courroux de leur hiérarchie.

D’autres affirment que les médecins déclarent mal et/ou falsifient leurs déclarations adressées à la CFCEE, que des euthanasies sont pratiquées pour des raisons socio-économiques ou pour des motifs hors la loi, sordides.
 
Des livres sont publiés par des auteurs dont la seule motivation est de dénigrer la pratique en Belgique, des déclarations fracassantes apparaissent de temps à autre dans la presse pour dénoncer la perte de dignité de notre état.
De tout cela émerge une volonté de contrer le texte légal et pourquoi pas de le refondre complètement pour le rendre inapplicable, d’imposer une clause de conscience institutionnelle, de considérer les soins palliatifs comme étant les seuls à mêmes de répondre aux situations de fin de vie, même si ceux-ci ne sont pas dénués de qualité, loin s’en faut. Ces manifestations hostiles trouvent même un écho chez nos voisins français, jusqu’au Canada, où une fronde s’est organisées sous la forme de forums sur le net, de groupes de pression, sans parler des campagnes de désinformation sur la situation en Belgique.
Malgré cela, la loi belge est respectée par tous les médecins soucieux de rencontrer la volonté de leurs patients, et jusqu’à plus ample informé, aucune « dérive » n’a été révélée ou dénoncée depuis plus de dix ans.
Il se trouve même que de plus en plus de praticiens souhaitent obtenir davantage d’information et s’inscrivent dans les différentes formations disponibles tant au nord qu’au sud du pays (Forum End of Life, Life Artsen). De plus en plus de Glem (groupes locaux d’évaluation médicale) de dodécagroupes organisent des séminaires sur le sujet, et la question de la fin de vie fait l’objet d’un certificat ou de cours spécifiques dans différentes facultés du pays.
Enfin, des consultations médico-éthiques sont maintenant organisées dans différents grands centres hospitaliers du royaume, en réponse à la demande croissante des patients. Malgré une opposition farouche, le dialogue est ouvert et sincère, sans prosélytisme, dans le chef des praticiens.
Un débat citoyen a lieu au Québec avec comme objectif l’élaboration d’un cadre légal en matière d’aide médicale en fin de vie, et même en France où l’opposition use de tous les stratagèmes pour museler le dialogue, des voix se font entendre afin de sortir la problématique de la fin de vie de l’hypocrisie où elle stagne depuis trop longtemps. S’il existe des dérives, elles sont surtout le fait des opposants qui ne savent plus très bien par quels moyens empêcher cette ouverture citoyenne qui permet à chacun de décider pour lui-même, ce qu’il souhaite, ou ne souhaite pas, en fin de vie.
C’est ici l’objet de ce travail : faire en quelque sorte l’état des lieux en matière de réflexion éthique et analyser les différents concepts mobilisés au cœur du débat concernant l’aide médicale en fin de vie. Une attention plus particulière sera accordée à la liberté de conscience et à son corollaire, la clause de conscience. D’autres éléments seront abordés afin de permettre une lecture actualisée du sujet.
Enfin, il s’agit ici d’une analyse personnelle et non d’une revue exhaustive des nombreuses publications sur le sujet. C’est avant tout le point de vue d’un praticien.
 
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