« Il ne faut pas avoir peur, parlons de leur mort, ils y pensent continuellement »

En tant qu’association de défense des droits des seniors, nous sommes interpelés par les chiffres selon lesquels les taux de suicide les plus élevés sont enregistrés chez les personnes de 70 ans et plus. La thématique du suicide chez les seniors n’est toutefois pas assez abordée et il importe d’informer largement à ce sujet.
Pour cette raison, nous nous sommes associés à l’asbl Un pass dans l’impasse (réseau associatif de Solidaris – Mutualité Socialiste) pour organiser une conférence intitulée : « Le suicide des personnes âgées : comprendre, prévenir, agir ».
 
Plus de 150 personnes dont des directeurs et du personnel de maisons de repos, des médecins, psychologues, infirmiers, aides-soignants, assistants sociaux et particuliers, se sont déplacés ce 5 février 2015 à Namur, lors de la journée francophone de la prévention du suicide.
La journée a débuté avec l'intervention de Jacques Braggaar, Secrétaire Général Adjoint de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes, Président de l’asbl « Un pass dans l’impasse ».

Florence Ringlet, Directrice Thérapeutique de l’asbl « Un pass dans l’impasse » a fait part de la pratique et de l’expertise de son association. Elle a également parlé du sur la prévention du suicide chez la personne âgée dans lequel participe la Fédération des Centrales de Services à Domicile (réseau associatif de Solidaris – Mutualité Socialiste). Ce projet s’articule autour de différentes actions : la réalisation d’un dépliant, l’organisation de conférences, la réalisation d’articles et la mise en place d’une formation à destination des professionnels du secteur.
 
Mara Barreto, chargée de projets de notre asbl, a parlé de l’importance de l’intégration sociale des seniors. En effet, le maintien des liens affectifs et sociaux figure parmi les facteurs qui permettent de prévenir le risque suicidaire et sortir les personnes âgées de l’isolement. Le monde associatif a donc clairement un rôle à jouer dans cette prévention et les lieux de participation sociale et citoyenne comme des ateliers de réflexion, des volontariats, des comités locaux ou encore des conseils consultatifs communaux des aînés (CCCA) doivent être soutenus et développés .

«Actuellement, la population la plus discriminée en Europe, se sont les gens de 55 ans»
 
Ensuite, Stéphane Adam, professeur de psychologie du vieillissement à l'Université de Liège, Responsable de l'Unité de Psychologie de la Sénescence, nous a présenté « Agisme et jeunisme : conséquences méconnues sur la santé de nos aînés et sur nos actes de soins ». « On a toujours été ambivalent par rapport à la personne âgée avec, tantôt un point de vue positif (vieillesse = sagesse, expérience) et tantôt négatif (vieillesse = déclin, perte)… »
 
M. Adam a expliqué que l’on n’a jamais été si négatif par rapport à la question de la personne âgée qu’aujourd’hui et que l’âge est un premier facteur de discrimination : «Actuellement, la population la plus discriminée en Europe, se sont les gens de 55 ans. On est dans l’âgisme et le jeunisme, cela crée deux mécanismes qui sont les stéréotypes négatifs associés au vieillissement, ce qu’on appelle également la stigmatisation ».
 
 
Vera Likaj est psychologue et psychothérapeute, enseignante et formatrice. Dans son exposé « De perte en perte, quand vieillir nous donne "l'en-vie" de mourir... » elle a partagé son expérience et témoigné de certains cas qu’elle a rencontrés. « La personne âgée est celle qui va être le plus confrontée à la question de la perte »…«Quand je vais à domicile, certains patients me montrent le carnet d’adresses de toute une vie dont ils ont commencé à barrer les noms. Il ne reste que les numéros du médecin, du kiné, du voisin sympa qu’on peut appeler au cas où »…Pour elle, il s’agit d’être bienveillant et empathique : « il faut se glisser dans leurs pantoufles, chausser leurs lunettes et être là, à l’écoute ».
 
«Il ne faut pas avoir peur, parlons de leur mort…ils y pensent continuellement ».
 
Le Dr. Cécile Bolly, médecin et psychothérapeute, chargée de cours (HERS et UCL) a proposé la réflexion de « Pourquoi et comment parler de la mort avec les personnes âgées ? » par l’idée de l’éthique. « Qu’est que ce l’éthique dans notre travail de soignant ?...Du côté de la personne âgée, du résident dans une maison de repos, on trouve essentiellement la vulnérabilité liée à son âge ou liée aux maladies qu’il a »… « Quand on dit qu’il faut parler avec le patient âgé de leur mort, souvent il y a beaucoup de résistance… quand on a un petit peu l’expérience, on voit justement le contraire…. Il ne faut pas avoir peur…, parlons de leur mort…ils y pensent continuellement ».
 
Pour terminer, le Dr Dominique FERON, Médecin Directeur (direction médicale de l’Union Nationale des Mutualités Socialistes) a donné les conclusions de cette journée d’étude.

Si vous n'avez pas pu y assister, un colloque international sur la même thématique sera organisé le 10 septembre 2015 à Namur.

Vous pouvez télécharger notre dépliant réalisé également en collaboration avec Un Pass dans l’Impasse. Il vous aidera à reconnaître les facteurs et signes précurseurs du suicide des seniors.