Carte blanche: nos pensions en retraite

A l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, célébrée ce dimanche, Espace Seniors encourage le gouvernement à mener une réflexion de fond sur notre système de pensions afin de ne pas davantage affecter notre niveau de vie.

Ce 1er octobre, Journée internationale des personnes âgées, Espace Seniors avait envie de réagir aux nombreux propos qui reviennent sur l’actuelle prétendue réforme des pensions. Celle-ci s’articule globalement autour de trois volets : l’augmentation de l’âge de départ à la retraite, la suppression progressive de la prépension et le soutien aux systèmes par capitalisation.
Sans revenir sur les détails techniques de ces mesures, nous donnerons un éclairage plus large en considérant l’ensemble des réformes en matière de sécurité sociale et du droit du travail.
 
En ce qui concerne l’emploi, l’âge légal de la pension est reculé alors que le chômage des personnes âgées de plus de 45 ans reste élevé. Les flexi-jobs et autres « mini-jobs » précaires sont censés y remédier, ainsi que la réduction des « coûts salariaux » par une baisse du salaire, net ou brut (exonération de cotisations sociales). Les règles de l’assurance chômage ont également été modifiées afin de limiter les cas de prépension. Les chômeurs ayant bénéficié d’une allocation pendant plus d’un an seront pénalisés par une diminution de leur pension (modification des règles d’assimilation). La plupart de ces mesures affectent tous les travailleurs et pas seulement les plus âgés d’entre nous ; elles consistent essentiellement en une précarisation de l’emploi, une baisse de la qualité des conditions de travail et une diminution de nos revenus.
 

Les plantureux bénéfices des grands groupes

Parallèlement, ces mesures s’inscrivent dans un cadre de réforme de la protection sociale, faisant de la « vieillesse » ou du « vieillissement de la population » le fléau de la sécurité sociale. Les pensionnés et leur retraite seraient la cause principale de son déficit. Or, si cette dernière souffre d’un problème de financement, c’est notamment parce qu’elle est dépossédée d’une partie importante de ses recettes. Près de 5 % des emplois bénéficient d’exonérations de cotisations sociales ; de grands groupes financiers et industriels profitent largement de ces avantages alors qu’ils pourraient se passer de ces aides à l’emploi. Qui plus est, le gouvernement a mis en cause la dotation d’équilibre de la sécurité sociale, conditionnée à des « mesures de responsabilisation ». Enfin, une vaste réforme fiscale, appelée tax shift, transfère une partie de nos cotisations sociales vers des impôts à la consommation, qui pèsent plus lourdement sur les revenus les plus bas.
 

Aucune évaluation objective

Selon les gouvernements, la plupart de ces mesures permettraient de lutter contre le chômage et de promouvoir l’emploi. Rappelons cependant que l’Allemagne, souvent citée en exemple pour la baisse de son taux de chômage, connaît également une recrudescence de travailleurs pauvres, avec les conséquences politiques récentes que l’on connaît. Par ailleurs, les politiques d’exonération de cotisations sociales ne font l’objet d’aucune évaluation objective, alors même que cette pratique s’est généralisée à l’ensemble de nos institutions. Les entreprises bénéficiant de ces mesures n’ont, du reste, aucune obligation de recruter effectivement.
Ces mesures affectent durablement les recettes de la sécurité sociale, dont les prestations baissent en retour. On comprend alors tout l’intérêt pour le gouvernement de favoriser les assurances privées (notamment par des mesures fiscales), qui viendront compenser ce manque à gagner.
 

Floués

Mises bout à bout, ces décisions affectent durablement notre niveau de vie, pas seulement en tant que pensionné ou futur pensionné, mais également comme citoyen lambda. Nous sommes en réalité quadruplement floués : baisse des salaires, réduction de la protection sociale (dont les pensions), augmentation de l’impôt à la consommation et incitation à contracter des assurances privées pour pallier les manques de la sécurité sociale.
Le gouvernement a pourtant raison sur un point : le maintien d’une protection sociale digne de ce nom passe par une réforme du travail et de la sécurité sociale. L’emploi doit être sécurisé et adossé à des droits sociaux (et donc à leur financement), l’âge de départ à la retraite doit être plus flexible, avec la possibilité d’un départ à 60 ans moyennant un certain nombre d’années de carrière.
 
Enfin, il faut mener une réflexion de fond sur la pension anticipée et l’aménagement des conditions de travail. Sur le volet de la sécurité sociale, il convient de ne pas ramener le vieillissement de la population à un problème purement budgétaire mais proposer des perspectives en matière de recettes, notamment par le maintien de la dotation d’équilibre. Il faudra également interroger l’intérêt de la politique actuelle d’exonération de cotisations sociales et de prélèvements fiscaux et se donner réellement les moyens de l’évaluer. Enfin, d’autres sources de financement peuvent être envisagées en contrepoint aux taxes à la consommation, comme la cotisation sociale généralisée (CSG) qui taxerait les revenus du travail mais aussi du capital.
 
Réaffirmons, pour conclure, que nous avons un bon système de pensions basé sur le principe de la répartition – la crise financière de 2008 nous a confortés sur ce point. Au demeurant, l’allongement de la vie ne devrait pas être conçu comme une source d’angoisse : l’évolution démographique est un phénomène prévisible et les moyens d’y répondre peuvent être envisagés sereinement. Certes, il faudra un débat de société afin d’adapter le financement à l’espérance de vie, mais nous pouvons avoir confiance. Nous jouissons d’un système par répartition assez bien financé et solide qu’il faudra certes consolider, mais certainement pas rétrécir.
 
Le Soir, le 30/09/2017
Ermelinde Malcotte, chargée d’études et de projets, Espace Seniors ASBL