Comment prendre soin de soi après 60 ans ? (2016)

Chargée de projets pour Espace Seniors, Mara Barreto explique comment passer harmonieusement le cap de la soixantaine.
 
Quelles recommandations prioritaires préconisez-vous aux sexagénaires ?
Mara Barreto. Je commencerais par une mise au point : avoir plus de 60 ans n’est pas une maladie ! Vieillir est un processus normal et inévitable. Mais l’évolution de notre santé peut dépendre de l’attention que nous y portons. Il n’est jamais trop tard pour adopter un mode de vie plus favorable. Celui-ci peut améliorer notre qualité de vie ainsi qu’éviter ou retarder les maladies et le déclin fonctionnel. Deux domaines jouent un rôle essentiel dans la prévention : une alimentation saine et une activité physique régulière. Le dépistage de certains cancers n’est pas non plus à négliger. Par ailleurs, l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, et elle va souvent de pair avec un accroissement de la fréquence des consultations et de la prise de médicaments. Les seniors se voient prescrire plusieurs médicaments pour soigner diverses pathologies. La polymédication a tendance alors à devenir une pratique habituelle. Dans le but de traiter ses affections et d’améliorer le pronostic, on rajoute des médicaments sans se rendre compte qu’on rajoute aussi des effets indésirables.
Cette prise conjuguée ne va pas toujours sans complications : plus le nombre de médicaments prescrits est élevé, plus il est compliqué d’éviter les interactions médicamenteuses et plus le respect des prescriptions s’avère difficile ; plus la liste de médicaments à prendre est longue, plus il est facile de confondre ceux-ci et d’oublier de les prendre. Chaque fois que l’on a un symptôme supplémentaire, plutôt que de se dire qu’on devient «vieux», mieux vaut se demander si ce nouveau symptôme ne serait pas un effet secondaire de la médication que l’on prend. Dans ce cas, il est important d’en discuter avec son médecin traitant.
 
Parmi ces médicaments, les somnifères et les calmants sont en tête de liste.
Effectivement. Dans ce domaine, le Belge est l’un des plus grands consommateurs mondiaux. Somnifères et calmants font partie de ce qu’on appelle les « médicaments de confort », vis-à-vis desquels il est conseillé d’évaluer tant les bénéfices que les risques. Ces médicaments appartiennent à la catégorie des benzodiazépines (diazépam, alprazolam, lorazépam…), indiqués contre l’anxiété et les troubles du sommeil. Ces molécules ont beau agir rapidement sur les symptômes, elles ne s’attaquent pas à la cause. De plus, elles peuvent provoquer des troubles de la concentration et de la mémoire, ou encore être à l’origine de chutes lorsqu’il faut se lever la nuit, ce qui est fréquent chez les seniors. Leur usage prolongé entraîne un risque de dépendance, mais également un problème d’accoutumance: la personne ne ressent plus d’effets lors de sa prise et cela amène à augmenter les doses. Face à cette perspective, il vaut donc mieux éviter l’usage prolongé et essayer de gérer l’anxiété et les problèmes de sommeil via d’autres moyens comme l’activité physique, le maintien d’un environnement facilitant le sommeil ou la psychothérapie. Si l’on en prend déjà depuis longtemps et que l’on souhaite arrêter, il est recommandé de le faire progressivement, car un arrêt brutal peut s’accompagner de symptômes de sevrage. Il est important de le faire en concertation avec le médecin, qui recommandera la diminution progressive des doses et l’espacement entre les prises.
 
Au cours des séances que vous animez dans le cadre du projet «Cap Retraite», vous insistez beaucoup sur l’«empowerment» des seniors. De quoi s’agit-il ?
Du «pouvoir d’agir». Les personnes âgées manquent parfois d’information sur leurs droits, notamment celui du respect de leur volonté en tant que patients. Cette approche leur permet de reprendre leur capacité de décision et leur pouvoir d’action pour influencer leur environnement et leur vie. Consommer plus de médicaments ne veut pas dire nécessairement être en meilleure santé. Une prise de conscience est donc capitale. Les plus jeunes ont également un rôle à jouer. Si nous faisions, dès maintenant, la démarche d’évaluer notre propre consommation de médicaments? Si nous demandions à notre médecin de revoir la liste de ceux que nous prenons? L’« empowerment » est un processus qui nous concerne tous.
 
Par Philippe Fievet - Paris Match en collaboration avec les mutualités Solidaris - Parution 01/09/2016