Le don d'organes, l'ultime solidarité

Pour de nombreuses personnes atteintes d’affections chroniques irréversibles, la transplantation d’un organe s’avère essentielle pour sauver leur vie. En Belgique pourtant, la demande d’organes reste plus importante que l’offre, malgré des actions de sensibilisation que mènent depuis plusieurs années des associations de familles de donneurs et de patients transplantés ainsi que le SPF Santé Publique.
 
Que dit la loi belge à propos du don d’organes ?
La loi sur le don d’organes est entrée en vigueur chez nous en 1987. Elle se base sur le principe de la solidarité présumée. Cela signifie que toute personne n’ayant pas exprimé son opposition de son vivant est supposée être d’accord avec le prélèvement d’organes ou de tissus après sa mort.
 
Donc, si vous êtes belge ou domicilié en Belgique depuis plus de 6 mois, la loi autorise le prélèvement de vos organes après votre décès sauf si vous avez explicitement manifesté votre opposition de votre vivant.
 
Auparavant, votre conjoint, vos enfants ou parents (premier degré de parenté) pouvaient également s’y opposer. Depuis 2007, le médecin ne doit plus tenir compte de l’opposition des proches.
 
 
Comment manifester explicitement sa volonté relative au don d’organes ?
Vous devez vous rendre à l’administration communale pour remplir un formulaire stipulant votre opposition ou votre consentement à tout prélèvement après votre décès. C’est toujours une garantie supplémentaire du respect de votre volonté. Vous pouvez, si vous le souhaitez, modifier à tout moment votre déclaration de refus ou de volonté expresse.
 
L’administration communale transmet les données à une banque centrale située au ministère de la Santé publique (Registre national). Ce registre est obligatoirement consulté chaque fois qu’un prélèvement d’organes ou de tissus est envisagé. Une copie de la déclaration portant la signature du demandeur et le cachet de la commune est remise au déclarant sur place, l’autre est transmise au Registre national.
 
Par ailleurs, certains organes peuvent être prélevés de votre vivant. Tel est le cas, par exemple des transplantations de rein, étant donné qu’il est possible de vivre avec un seul rein. Vous devez donner votre consentement par écrit et devant un témoin majeur. Le don doit être, bien entendu, volontaire et altruiste.
 
Le don post-mortem
Le prélèvement d’organes n’est effectué qu’une fois la mort dûment constatée et le constat de décès signé. La mort peut  survenir suite à un arrêt cardiaque (donneurs à cœur non-battant) ou à une atteinte grave et irréversible du cerveau (donneurs à cœur battant).
 
La majorité des donneurs sont des donneurs en mort cérébrale. On parle de mort cérébrale quand le décès est provoqué par l’arrêt définitif et irrémédiable du fonctionnement du cerveau. Dans ce cas, l’activité du cœur et la respiration sont maintenues artificiellement afin que les organes reçoivent l’oxygène nécessaire à leur fonctionnement. Tous les organes et les tissus sont susceptibles d’être prélevés (le cœur, les poumons, les reins, le foie, le pancréas, les intestins...). Le constat de décès se fait par trois médecins indépendants de l’équipe de transplantation et de celui qui traite le receveur.
 
Donner son corps à la science
Le don d’organes n’est pas la même chose que donner son corps à la science. Dans ce dernier cas, l’ensemble de la dépouille mortelle est mise à disposition de la recherche scientifique ou de formation (dissections par des étudiants en médecine, etc.).
 
Si vous souhaitez léguer votre corps à la science, vous devez exprimer votre volonté par un écrit de votre main, daté et signé, que vous devez adresser à l’hôpital universitaire de votre choix. Comme dans le cas du don d’organes, il est conseillé d’avertir vos proches de votre décision afin d’éviter des surprises ou des conflits au moment de votre décès.
 
La procédure, dans les grandes lignes
Il s’agit d’une procédure gratuite pour le donneur : tous les frais liés à l’intervention chirurgicale sont pris en charge par la mutuelle des patients recevant les différents organes.
 
En plus d’être gratuit, le don d’organes est un acte anonyme. L’identité du donneur n’est en aucun cas révélée au receveur.
 
En cas de mort violente du donneur dont la cause n’est pas suspecte (un accident de voiture, par exemple), le médecin qui procède au prélèvement rédige un rapport au Procureur du Roi contenant toutes les données qui peuvent être nécessaires au cas où celui-ci ordonnerait par la suite une information judiciaire ou une autopsie. En revanche, si la mort est suspecte, le prélèvement n’est effectué que si le Procureur du Roi a été informé et ne s’y est pas opposé.
 
Le prélèvement d’organes se déroule en salle d’opération et le temps de conservation est d’à peine quelques heures. Le don est basé exclusivement sur des critères médicaux et sur le degré de comptabilité entre le donneur et le receveur.
 
La Belgique compte 7 centres universitaires de transplantation et un centre non-universitaire (transplantation cardiaque à Alost). Pour augmenter les chances de trouver un receveur compatible pour leurs donneurs, ces centres de transplantation se sont associés à Eurotransplant, organisme international qui gère une seule liste d’attente centrale et qui coordonne également la répartition d’organes aux Pays Bas, en Allemagne, au Luxembourg, en Autriche, en Slovénie, en Croatie et en Hongrie. Eurotransplant garantit ainsi la sélection transparente et la répartition optimale des organes disponibles pour les différents candidats à la transplantation.
 
Avant de prélever, le médecin vérifie que le défunt ne soit pas inscrit au Registre national comme opposé au don d’organes. Il s’assure également qu’aucune opposition n’a été exprimée par le donneur par n’importe quel autre moyen. Le médecin est donc obligé d’informer les proches de l’intention de prélèvement afin qu’ils puissent communiquer l’existence d’une éventuelle opposition exprimée par le défunt de son vivant.
 

Ensuite, le médecin coordinateur de transplants communique à Eurotransplant toutes les  informations utiles à propos du donneur. Eurotransplant prévient le coordinateur dès qu’il identifie le receveur et lui communique toute donnée utile à l’organisation de la transplantation. Une fois la procédure effectuée, le coordinateur prévient Eurotransplant pour qu’il enlève le nom du patient de la liste d’attente.
 
Enfin, le prélèvement d’organes et la suture du corps se font dans le respect de la dépouille mortelle et dans les plus brefs délais afin de rendre le corps aux proches pour l’enterrement.