La musicothérapie ou comment la musique réveille les souvenirs

Qui n’a jamais employé, entendu le dicton «La musique adoucit les mœurs» ?  Dans l’Antiquité déjà, on donnait à la musique le pouvoir de guérir. Ainsi, chez les grecs, il existait des «musicothérapeutes» qui jouaient «sur l’humeur et les humeurs en utilisant des instruments, des rythmes, des sons…».1
 
Pour eux, telle musique menait au courage, à la tristesse, à l’action, telle autre au plaisir, à la joie, à la relaxation… Quand on y pense, on ne peut leur donner tort : le roulement de tambour qui galvanise, les berceuses qui apaisent…
 
L’histoire moderne de la musicothérapie débute au 20ème siècle où elle fut utilisée pour soulager les blessures psychiques des soldats rattrapés par la guerre. Des écoles d’orientations diverses ont commencé à voir le jour dans les années 40 aux Etats-Unis, en Amérique du Sud mais aussi en Europe.
La musicothérapie est «une thérapie qui utilise le son et la musique sous toutes ses formes afin de rétablir, maintenir et améliorer  la santé mentale, physique, émotionnelle du malade».2

La musique et les sons en général possèdent des propriétés, des qualités qui facilitent le contact, les interactions, la conscience de soi, l’apprentissage, l’expression de ses émotions, la communication et le développement personnel.
 
 
La musicothérapie peut être pratiquée avec tous les publics quel que soit l’âge ou la formation musicale. Elle peut être bénéfique tant pour des enfants ayant des difficultés d’ordre comportemental, émotionnel que pour des adultes souffrant de maladies mentales, de dépendances… Elle est également utilisée pour soulager des patients atteints de la maladie de Parkinson et, depuis quelques années, en plein développement pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer.
 
A ce sujet, nous vous conseillons de visionner le documentaire « Alive Inside»3 . On y découvre des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer qui, à l’écoute de musiques liées à leur histoire, se remémorent des souvenirs que l’on pensait à jamais perdus et remonter parfois jusqu’à des décennies auparavant.
 
C’est le cas de cette dame que l’on aperçoit au début du documentaire qui, quand on lui pose la question «quels souvenirs gardez-vous de votre enfance, de votre jeunesse ?», est totalement désemparée et ne peux que répondre «je ne sais pas, je ne sais plus».  On lui propose alors d’écouter un morceau lié à son histoire personnelle. La réaction ne se fait pas attendre : ses yeux s’agrandissent et son sourire s’élargit.
 
A la fin de l’écoute, on lui reposera la question et cette fois, elle ne s’arrêtera plus de parler
 
Comment expliquer ce phénomène ? La maladie d’Alzheimer touche principalement le lobe temporal, qui est le siège de la mémoire. Parallèlement à cela, nous savons aujourd’hui que le cerveau possède une énorme capacité d’adaptation aussi appelée «plasticité du cerveau». Cette faculté lui permet de compenser lorsqu’une zone du cerveau est lésée : si une zone A est touchée, la zone B peut reprendre les fonctions de la zone A. Une personne pourra alors conserver les facultés qu’avait la première zone grâce à la deuxième qui a pris le relais.
 
La musique active également le lobe temporal mais pas uniquement… En effet, la musique active un tas d’autres aires du cerveau qui, elles, ne sont pas touchées par la maladie d’Alzheimer. Ainsi, le patient  pourrait, grâce à la musicothérapie, «compenser» les dégâts présents dans une certaine zone (ici le siège des souvenirs) à l’aide d’une zone non atteinte mais touchée par la musique, qui aiderait à raviver les souvenirs. 
 
La musique serait donc un passage vers l’esprit...
 
1.L’ECHEVIN Patrick, Musique et Médecine, Stock Musique, 1981.
2.BENENZON Rolando Omar, La musicothérapie : la part oubliée de la personnalité, Ed. De Boeck Université, 2004.
3. ALIVE INSIDE, Michael Rossato-Benett, Ximotion Media, 201