La polymédication : qu’en est-il ?

Le vieillissement croissant de la population et l’augmentation du nombre de pathologies qui l’accompagne sont directement proportionnels à la consommation de médicaments. Les personnes âgées sont les premières concernées par la polymédication.
 
Prendre un médicament n’est pas anodin : il est prescrit pour une personne unique, une pathologie spécifique dans un contexte particulier. Un médicament reste un produit chimique qui peut entrainer une réaction. Bien qu’il n’existe pas encore de consensus autour de la polymédication, les définitions se regroupent en deux catégories principales :
 
1. Les définitions quantitatives, qui se réfèrent au nombre de médicaments pris quotidiennement : on parle de polymédication à partir de 5 médicaments.
 
2. Les définitions qualitatives, qui reposent sur l’usage de médicaments non cliniquement indiqués ou inappropriés.
De multiples facteurs, régulièrement liés à un manque de communication entre les différents prestataires de soins ou entre les prestataires et le patient, peuvent être à l’origine de la polymédication :
 
  • les prescriptions en cascade exagérées ou inappropriées de certains prestataires de soins ;
  • le renouvellement d’ordonnances sans réévaluation du traitement ;
  • la prescription de plusieurs médicaments par différents médecins non informés des autres traitements en cours ;
  • la pression des patients auprès du médecin pour des prescriptions ;
  • l’automédication : la prise par le patient de médicaments en vente libre, en même temps que le(s) médicament(s) prescrit(s);
  • la pression de l’industrie pharmaceutique.
La polymédication n’est pourtant pas sans conséquence :
La mauvaise observance des traitements ou, plus communément, le non-respect par le patient des prescriptions ainsi que des doses et rythmes de prises d’un médicament est une conséquence de la polymédication: plus le nombre de médicaments prescrits est élevé, plus le respect des prescriptions s’avère difficile. L'observance est pourtant un élément-clé du succès d'une thérapie médicamenteuse, son non-respect peut faire échouer le traitement et mettre en danger la santé du patient.
 
Au-delà de trois ou quatre molécules différentes prises simultanément, il est difficile de prévoir les effets secondaires des interactions médicamenteuses sur la santé des individus. La proportion de patients qui présentent des effets secondaires s’accroit de façon considérable avec le nombre de médicaments administrés.
 
Ainsi, certains troubles non prévus, voire imprévisibles, peuvent survenir suite à la prise simultanée de plusieurs médicaments (ou l’iatrogénie médicamenteuse). Quelques symptômes peuvent faire penser à des interactions médicamenteuses indésirables: chutes répétées, troubles du rythme cardiaque, troubles de la tension artérielle, dénutrition, troubles cognitifs...
 
L'ensemble de ces troubles a des conséquences considérables sur la santé et le bien-être des personnes âgées et engendre un coût supplémentaire en hospitalisation, en durée de séjour et en médicaments. En effet, les pathologies iatrogéniques représentent 20 % des motifs d’hospitalisation après 80 ans.
 
Il en découle un paradoxe : l’administration de médicaments censés traiter une ou plusieurs pathologies engendre parfois une détérioration de l’état de santé de l’individu.
Enfin, les personnes âgées sont davantage exposées aux effets secondaires et risques de la polymédication en raison d'un métabolisme plus lent qui entraine une élimination des médicaments plus longue.
Quelques pistes de solution :
Le médecin, avant de proposer un ou plusieurs traitements, doit évaluer la « balance bénéfices-risques » des médicaments prescrits. Ainsi, lors de la comparaison des bénéfices d’un traitement avec les risques éventuels encourus, le bénéfice espéré doit être supérieur aux risques éventuels. Dans ce contexte, la prescription d’un médicament n’est légitime que si l'importance de l'objectif (traiter un symptôme/une maladie) est en proportion avec le risque (effets secondaires, interactions…) encouru par le sujet.
 
La communication avec le patient doit être optimale. Il doit être associé à la démarche thérapeutique et recevoir les informations nécessaires à la compréhension du problème et du traitement qui lui est proposé. L’éducation thérapeutique, préconisée par l’OMS, vise à renforcer l’autonomie et la conscientisation du patient par l’instauration du dialogue qui vise l’implication du patient en tant que partenaire de son traitement. Cette approche se dirige donc vers la résolution de problèmes par la participation active du patient et de ses proches dans la gestion de la maladie.
 
La formation des soignants doit être renforcée pour améliorer la coopération interprofessionnelle et multidisciplinaire.
Certains services hospitaliers se sont dotés de pharmaciens cliniques : des intervenants qui ont pour missions de vérifier les interactions médicamenteuses qui peuvent survenir dans un traitement donné et aider le médecin du service à adapter la prescription aux spécificités du patient. Aujourd’hui, la réflexion évolue vers l’analyse de médication : l’évaluation critique conjointe du pharmacien et du médecin des médicaments que prend un patient.

Enfin, certains aléas de la vie ne nécessitent pas automatiquement un traitement médicamenteux. Des troubles du sommeil peuvent, par exemple, être améliorés en agissant sur l’hygiène de vie, sans pour autant prescrire de somnifères. Il est important de ne pas tout médicaliser : maintenir la qualité de vie et l’autonomie de la personne âgée ne passe pas obligatoirement par la prescription de médicaments.
 
En conclusion, il ne faut pas diaboliser les médicaments, indispensables pour le traitement de nombreuses pathologies. Une prescription éclairée qui prend en compte la singularité de chaque patient est nécessaire. Un suivi étroit et une réévaluation de la potentielle apparition de nouveaux effets secondaires permet de minimiser les risques encourus.

Sources :
Dictionnaire médical en ligne, Polymédication, http://www.medicopedia.net/term/18819,1,xhtml#ixzz2FPPPavk3
Dossier documentaire Groupes qualité, La polymédication, 2007, 3p. http://www.urml-picardie.org/articlepublic/fichiers/431/Dossier_documentaire_Polymedication.pdf
DUFLOUCQ Coralie, Les risques de la polymédication, Revue de l’aide et des soins à domicile, Contact n°132, 2012, p11-15

PIRE.V, FOURNIER.A, et al : Polymédication chez la personne âgée, louvain médical. 2009 ; 128 (7): 235-240 http://www.farm.ucl.ac.be/Full-texts-FARM/Pire-2009-1.pdf
Testachats, La polymédication chez les seniors :médicaments à volonté ?, communiqué de presse du 26 juillet 2010, 3p.  http://www.test-achats.be/sante/medicaments/communique-de-presse/la-polymedication-chez-les-seniors-medicaments-a-volonte
Université médicale virtuelle francophone, Polypathologie et médicaments, iatropathologie, support de cours 2008-2009
http://umvf.univ-nantes.fr/geriatrie/enseignement/geriatrie11/site/html/cours.pdf