La saviez vous ? Du cacao au chocolat : petite balade dans son histoire

Le cacao dans la culture précolombienne
Parmi les espèces d’arbres découvertes par les Espagnols lors de la conquête de l’Amérique Centrale, il y avait les cacaoyers : des arbres à feuilles persistantes, de 10 à 15 mètres de haut, cultivés depuis longtemps à l’ombre de très grands arbres-mère. Leurs fèves étaient utilisées comme monnaie. Les Mayas et les Aztèques en tiraient également une boisson savoureuse, intégrée à des rites sacrés. Plus tard, en Amérique du Sud, les colons découvrirent des cacaoyers sauvages dans la forêt amazonienne et décidèrent de déforester une partie de la région pour planter, cultiver et domestiquer ces cacaoyers.
Source : Jean Claude Ameisen. Emission de radio Sur les épaules de Darwin. Aux origines du chocolat. 
Episode 1, 2018

Aux origines du terme cacao
La culture de ces arbres à cabosses s’était donc déjà développée en Amérique Centrale bien avant l’arrivée des Espagnols, le nom « cacao » dérivant du mot kakaw, ou cacau, de la langue maya classique. Il s’agit d’un terme emprunté aux peuples parlant une forme archaïque des langues mixe-zoques (famille de langues amérindiennes parlées au Mexique). Ce mot indigène désignait le fruit des cacaoyers dans quasiment toutes les langues du Mexique et de l’Amérique Centrale. Les ancêtres des Mayas, les Olmèques, utilisaient déjà ces fèves mélangées avec de l’eau pour en faire une boisson.
Source : Nikita Harwich. L’histoire du chocolat. Chapitre 1. Editions Desjonquères, 2008

Le mot chocolat : un néologisme de forme
Dès la seconde moitié du 16e siècle, les Espagnols ont commencé à utiliser le terme chocolatl, qui proviendrait du mot maya chocol, signifiant « chaud » et du terme aztèque atl, « eau ». Les Ibériques avaient besoin d’un nouveau mot pour désigner la boisson qu’ils avaient appris à boire chaude et sucrée à la place du cacahuatl froid et amer des Aztèques.
Une autre hypothèse sur l’origine du mot chocolat : leur refus de nommer l’appréciée boisson épaisse et brun foncé par un terme qui désigne les matières fécales dans la plupart des langues romanes, y compris le latin d’où elles découlent.
Source : Sophie Coe et Michael Coe. The True History of Chocolate. Chapter 4. Thames and Hudson, 1996

Boisson ou nourriture ? : une discussion ecclésiastique
Pour les pays catholiques comme l’Espagne et l’Italie, ce débat controversé a duré deux siècles et demi et a même impliqué des papes. Si le chocolat était consommé comme aliment, alors il ne pouvait être ingéré pendant les jours de jeûne, y compris les quarante jours du carême. Ce débat fit rage dans des livres entiers, l’auteur le plus cité dans la littérature étant un Espagnol, Antonio de León Pinelo. Il rédigea un livre en 1636 dans lequel il concluait que la réponse dépendait de la quantité de matière nutritive ajoutée : le chocolat était considéré comme une boisson s’il était mélangé avec de l’eau pure, et on pouvait donc le consommer pendant le jeûne. En revanche, le chocolat non dilué était un aliment interdit durant ces périodes.
Source : Sophie Coe et Michael Coe. The True History of Chocolate. Chapter 5. Thames and Hudson, 1996

Entre plaisir et vertus thérapeutiques : une coutume d’élite
Entre 1679 et 1681, grâce aux nombreuses lettres de la femme de l’ambassadeur de France en Espagne, la cour de Louis XIV découvrit la vie à Madrid. Dans sa correspondance, elle parle de tout, aussi bien des horreurs de l’Inquisition que de son régime au chocolat auquel elle croit devoir sa santé. Elle concevait cette boisson comme une source de plaisir mais également comme un remède. Et en France, on en buvait déjà à la cour ! Le chocolat aurait été introduit par des moines espagnols comme cadeau pour leurs confrères français. Le premier Français à en consommer aurait été le frère du Cardinal de Richelieu, qui buvait du chocolat pour soigner ses « humeurs spléniques ».
Source : Jean Claude Ameisen. Emission de radio Sur les épaules de Darwin. Aux origines du chocolat. 
Episode 3, 2018

De nos pharmacies à nos chocolateries
Dès la fin du 17e siècle, le chocolat fut aussi consommé comme boisson à Bruxelles. Au milieu du 19e siècle, un pharmacien suisse, Jean Neuhaus, le vendit comme médicament : la couche de chocolat servait à dissimuler le goût. Parcours similaire pour Delacre qui vanta son chocolat « aux vertus présumées positives pour la santé ».
Dès la fin du 19 e siècle, les entreprises se multiplièrent en Belgique. La marque Côte d’Or fut déposée par Neuhaus en 1883 et les pralines se vendirent pour la première fois dans le magasin des Galeries Royales de Neuhaus. Le fameux ballotin fut commercialisé dès1915. 
Source : La Fonderie. Musée bruxellois des industries et du travail. Expo permanente. 
Plus d’info sur : https://www.lafonderie.be/

Mara Barreto 

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