La vieillesse ? Non, les vieillesses. Quelques réflexions sur les notions de 3e et de 4e âge

Dès que l’on fête son 60e ou 65e anniversaire, l’administration nous classe dans le 3e âge (avec la réforme sordide de Bacquelaine, il faudra bientôt attendre les 67 bougies). C’est un critère chronologique.

Le 4e âge, c’est une autre affaire. Le 3e âge, c’est celui de la pension, c’est une forme de liberté où on dispose enfin de son temps, qui n’est plus rythmé par son activité professionnelle. Le 4e âge est moins attrayant : c’est celui de la dépendance, de la perte d’autonomie. En réalité, le 4e âge n’est pas un âge −et fort heureusement −, c’est un état, caractérisé par des indices médicaux, évalués par une échelle de dépendance, comme Aggir ou l’échelle de Katz.

Ainsi, le 3e âge est défini par un critère « chronologique » tandis que le 4e par un critère dit « fonctionnel ». On peut terminer sa vie dans le 3e âge en étant vieux, même très vieux et ne jamais entrer dans le 4e âge.

Pendant longtemps, les pouvoirs publics ne se sont intéressés qu’au 3e âge, et ont apporté une solution au problème le plus grave qui le concernait : la pauvreté. Les pensions ont bien cette visée : apporter un revenu à celles et ceux qui sont devenus trop âgés pour travailler. Grâce aux pensions, les personnes âgées ne sont plus une charge pour leur famille.

C’est ensuite, avec l’augmentation de l’espérance de vie, qu’est apparu un nouveau problème public : comment prendre en charge les personnes âgées qui ont besoin d’aide pour leurs activités quotidiennes. C’est ainsi qu’est apparue, dans un même mouvement, la catégorie de 4e âge, la discipline médicale pour la prendre en charge (la gériatrie) et les échelles pour évaluer le degré de dépendance et les besoins de ces personnes.

On comprend alors mieux pourquoi la réponse au 4e âge est essentiellement médicale et prend peu en charge les besoins sociaux : il s’agissait initialement de répondre à un problème de dépendance spécifique, et les médecins arrivaient avec une solution commode (les échelles d’évaluation) permettant en outre de planifier l’offre.